Chien du Groenland

l est également appelé chien eskimo du Groenland, eskimo du Groenland, inuit dog, ou « gro » pour les intimes

Il existe un « Canadian inuit dog », ou chien eskimo du Canada, son homologue du continent, pas encore reconnu par la FCI.

Encore assez peu répandu en France, et presque exclusivement comme chien de traîneau, le groenlandais est en progression chez les mushers.

Ce chien est confiant, franc, direct, respectueux bien que profiteur et opportuniste. Ouvert et communicatif, sensible, malheureux sans compréhension mutuelle, très affectueux, il est d’une gaîté empreinte de sérieux et de profondeur. Ce chien est simple en fait trop pour nous sans doute…

Cette race a toujours été assez variable, chaque région ayant privilégié un type légèrement différent, en fonction du terrain et de son utilisation.

Malheureusement, la course privilégie les épreuves de sprint, ce qui tend à le sélectionner comme un grand husky, lui enlevant parfois son côté râblé et puissant.

Son caractère, son comportement, et ses origines :
Il est impossible de différencier les paragraphes pour cette race. Le groenlandais est un chien vraiment fabuleux et de caractère très spécifique.

Ce que dit son standard, sur son caractère :

« Les traits de caractère prédominants du chien du Groenland sont l’énergie, la ténacité et le courage. C’est un chien de traîneau passionné et infatigable. Il est amical envers les êtres humains, même envers les étrangers ; quand il est employé comme chien de traîneau, il n’est pas attaché à une personne déterminée, raison pour laquelle il n’a pas les qualités requises pour fonctionner comme chien de garde. Son instinct de chasse est très développé envers le phoque et l’ours blanc. »

Mon avis personnel !

Il n’est pas gardien certes, mais pour toute autre raison à mon avis, et il s’attache très bien à une personne déterminée, bien qu’il ne soit pas exclusif, et son instinct de chasseur se fiche de l’espèce, puisqu’il ne dédaigne pas les poules inconnues de ses ancêtres !

Compagnon de vie d’un peuple qui a vécu dans un environnement difficile (nous le qualifierions d’hostile, mais pour eux c’était la norme), sa sélection naturelle a été profondément marquée par ce partenariat. Quand l’environnement se charge de s’imposer sur tout le monde, l’union fait la force.

Tout d’abord, l’hospitalité inuit est légendaire car indispensable à la survie et il n’a jamais été question de garder quoi que ce soit. Ce grand chien impressionnant n’est pas du tout un gardien, et il est parfaitement amical envers l’homme. Toute dérive de caractère doit être réprimée par la sélection. Une mauvaise socialisation et la peur éprouvée en conséquence peuvent aussi amener à un comportement exceptionnel de garde, mais plutôt à la fuite. Donc ce n’est pas un chien de garde en effet.

Ensuite, c’est un chien fait pour la vie collective. Il faut aussi très bien comprendre ce qu’est la notion de groupe chez les chiens, tout ceux qui ont voulu faire passer leurs croyances en premier ont eu des déboires.

C’est un chien qui est facilement perturbé par un changement dans sa meute et par un nouvel arrivant autre qu’un chiot. Vis-à-vis des chiens inconnus, son comportement variera de l’indifférence, c’est-à-dire comme s’il ne voyait pas les autres chiens, à la menace plus ou moins rapidement suivie d’agression, en passant par un contact amical, surtout s’il n’est pas chez lui.

Tout va dépendre de son éducation petit. S’il ne vit qu’avec des chiens connus, il ne pourra plus s’habituer facilement à une nouvelle présence canine. Je pense qu’il doit idéalement connaître des inconnus (chiens et humains) avant l’age de 2 mois, pour l’adapter à la vie de chez nous. Donc il n’est pas question de le faire vivre en chien seul. Il faut aussi laisser vos chiens établir leur hiérarchie entre eux sans la perturber, et que l’un d’eux soit le chef de la meute (il y en a bien un parmi les chiens, et vous, vous n’êtes pas toujours là !), ce qui veut dire que ce ne sera pas vous le chef de meute, car avec vous, ce sera « autre chose »…

C’est aussi un chien qui utilise très facilement la palette de codes de communication de son espèce, le chien, à condition qu’il l’ait apprise avec ses congénères bien sûr. Sans prendre l’homme pour un chien, il utilisera aussi le seul langage qu’il connaît, et avec un certain talent ! Bien que non aboyeur, il se sert beaucoup de vocalises, de mouvements du corps, oreilles, yeux, grimaces, queue…

C’est aussi souvent un spécialiste de la position de soumission sur le dos à la moindre réprimande ou dès que vous réagissez à une « bêtise », pour continuer ce qu’il faisait dès que vous avez cessé de « l’engueuler ». Cette défense astucieuse pour n’en faire qu’à sa tête peut aller jusqu’aux piaulements aigus à vous mettre la honte en public, alors que vous n’avez jamais tapé votre chien !

Il est totalement inefficace avec ces chiens de vouloir utiliser la force. Il ne faut donc pas vraiment les « dominer » mais utiliser leurs codes et une certaine force intérieure, pour être un guide de confiance.

Son comportement attelé est très différent de son comportement libre. Il ne faut pas croire qu’il a physiquement besoin d’être attelé et de tirer, c’est une légende qui a la vie dure. D’ailleurs la plupart des propriétaires de nordiques de traîneau savent qu’aucun de leurs chiens n’aime vraiment être attelé seul, d’où le développement d’autres races pour la pratique de la pulka.

Le goût que les chiens de traîneau satisfont à l’attelage est celui de la coopération en groupe, et j’ai l’impression que beaucoup de pratiquants de ce sport n’ont pas compris cette caractéristique fondamentale, qui ne peut pas s’épanouir correctement en compétition, sauf au sacrifice du chrono…

Il est impossible de participer soi-même au sentiment d’unité de son attelage en ayant en tête quelque chose d’incompréhensible pour ses chiens, et ceci avec des chiens eskimo plus qu’avec toute autre race. Ce qui se passe à l’attelage est une véritable symbiose avec une télépathie, donc une communication intime et intense qui passe par le langage intérieur de l’intention.

Il a fallu croiser les races nordiques avec des chiens de chasse ou de berger, qui sont beaucoup plus prêts à se donner à fond à la demande de l’homme, pour obtenir de vrais chiens de compétition, surtout pour le sprint.

L’utilisation principale des chiens attelés était en effet à l’origine souvent de se déplacer à la recherche du gibier. Donc un nordique ne se donne pas à fond ! Pour citer des chiffres approximatifs, des chiens nordiques se donneront à 50% de leurs capacités, alors que des chiens de chasse atteindront les 90%. L’explication est très très simple : un nordique garde de la réserve « au cas où » !

Une anecdote ?
Des mushers français en expédition avançaient péniblement avec leurs attelages chargés, marchant pour soulager leurs chiens montrant des signes d’abattement, dus surtout à l’ennui sur une grande étendue plate.
Survint alors un troupeau de rennes !
La suite fut 5 km de course au galop, les deux pieds sur les freins cette fois-ci, avant de pouvoir arrêter les attelages de ces grands « fatigués » ayant repris du poil de bête !

Il faut également avoir senti le frémissement palpable qui saisi tous ensemble les chiens d’un attelage ayant repéré un animal ! Voilà ce qu’est une meute, ce n’est pas un groupe de chiens, qu’il vaudrait mieux appeler un clan, mais un groupe de chasseurs !

La plus extraordinaire des sensations, reste, j’ignore pourquoi, celle provoquée par la présence de l’aigle…

Le groenlandais peut être considéré comme LE chien de traîneau par excellence. C’est certainement le plus obéissant des « chiens de traîneau », suivi de près par le samoyède. Sa réponse au rappel peut être fabuleuse, et j’ai déjà vu en course, au milieu de dizaines de chiens attachés, quelques groenlandais libres autour de leur véhicule, en montant ou descendant, mais jamais ne s’approchant des autres chiens ni n’allant faire un tour ! C’est là sa différence avec le samoyède, qui lui va immédiatement voir tous les chiens de façon irrésistible. Dans tous les cas, le rappel reste un dressage, ce qui dépend donc de vous. C’est un chien que vous pouvez facilement lâcher sans laisse.

Tenez aussi compte que c’est un chasseur, quand même… Certes, tout carnivore est un chasseur, mais il y a des différences d’une race à l’autre, et ce qui caractérise le groenlandais n’est bien sûr pas la position d’arrêt ni le rapport, c’est la consommation immédiate !

Il identifie tout de suite un animal comme une source de nourriture, et il se mettra immédiatement à table avec toute poule attrapée. Il est totalement inutile de le priver de viande sous prétexte de ne pas lui en donner le goût, et il est même conseillé pour sa santé de le nourrir avec un maximum de carcasses crues de volaille. Il peut s’habituer à vivre avec des animaux chez lui, j’ai même connu le cas de groenlandais cohabitant avec… des moutons, mais gare aux moutons qui n’étaient pas leurs moutons !

Pour revenir à ses origines, ces chiens mangeaient après les chasses, et pas forcément tous les jours, comme les loups d’ailleurs, d’où la capacité de dilatation de l’estomac de nos chiens, capables de ressembler après un repas à une chienne prête à mettre bas ! Pensez toujours que l’eskimo est un goinfre toujours prêt à engouffrer ce qui se mange passant à sa portée !

Son histoire moderne :

Le Groenlandais, c’est avant tout le chien des expéditions du XIXème siècle, le chien de la conquête des pôles. N’oublions pas aussi que sa terre d’origine est groenlandaise, et que son apparition en Europe se fit tout d’abord en Scandinavie. Il apparaît en Suisse en 1913, pour transporter du matériel de construction de chemin de fer en montagne. En France, M. Fortier de Savignac fut le premier à en avoir en 1934, puis Paul-Émile Victor ramena des chiens avec lui en 1936 et organisa des démonstrations dans les alpes. Des attelages furent aussi utilisés pendant la guerre et, suite à des missions polaires françaises après guerre, d’autres groenlandais furent introduits en France.

Son utilisation en traîneau en France :

Chien de randonnée par excellence, il se diffusera chez quelques passionnés, par exemple Louis Bavière dans le Jura. Dans les années 80, des mushers français commencent à organiser des randonnées touristiques dans les Alpes, en enseignant la conduite, et non en transportant des passagers. Le parc du chien polaire dans le Jura développe de son côté ses randonnées ainsi qu’une visite touristique de parc, permettant de faire vivre une meute de façon proche de ses origines. Le groupe s’est en effet divisé de lui-même en clans selon ses affinités, se partageant le territoire. Prouvant que les capacités à vivre en meute doivent être préservées lors de la sélection, ils ont beaucoup de mal à trouver à l’extérieur de leurs lignées patiemment sélectionnées des chiens capables de vivre de façon harmonieuse en groupe.

Petit à petit, des mushers se sont mis à les utiliser en course, sélectionnant un type de chien plus fin, destiné à courir des distances assez courtes.

Il reste l’un des favoris des mushers professionnels l’utilisant pour la randonnée, continuant ainsi de le sélectionner selon ses capacités d’origines, apte à la longue distance.

Utilisation :
Chien de traîneau. Idéal pour la randonnée et la longue distance, les expéditions.

Entretien :
Poil d’une rusticité à toute épreuve ! Et comme ce n’est pas un chien de salon, ils sont la plupart du temps brossés au moment de la mue.

Voir notre page générale sur le poil des races spitz.

En tant que chiens d’extérieur, ils prennent normalement leur poil d’hiver, et donc font un grosse mue très nette au printemps. Le poil peut souvent s’enlever par poignées à la main, ce qui est le cas des autres races quand les chiens vivent dehors.

Il a besoin d’exercice mais surtout de vie sociale pour être bien dans sa tête. L’attelage en groupe, même sur terre en kart, est tout indiqué. Attention à la chaleur, qu’il supporte bien seulement en étant peu actif (il fait chaud « là bas » l’été !), mais il est le chien de traîneau la supportant le moins bien à l’attelage.

Le groenlandais est particulièrement sensible à la dilatation torsion de l’estomac. L’une des raisons est sa ligne de ventre pas du tout levrettée, laissant beaucoup de place à l’estomac. Même s’il s’agit d’une modification du standard, il faut cette fois admettre que la modification par les mushers l’utilisant en sprint, et se tournant vers de grands chiens plus légers, est plutôt bénéfique. L’autre raison est le stress quand il va avec une intériorisation des émotions. Il faut aussi sérieusement modérer sa ration lorsqu’il fait chaud.

Physique :
C’est une race présentant plus de variations que la moyenne, déjà parce que le pays offrait des types différents selon les régions, la côte ouest ou la côte est. Le principal reste son adaptation à sa vie d’origine, avec un caractère équilibré, amical envers l’homme même inconnu et un physique puissant, ni lourd ni léger. Il est à noter que son standard est l’un des rares à ne pas mentionner de taille maximum et à admettre toutes les couleurs, même si certaines nous sont plus habituelles et que la couleur bleue, même merle, n’existe pas !

Sa silhouette est caractéristique, plutôt rectangle, une ligne de ventre pas très relevée, et la queue enroulée, en général sur un côté.

Extraits du standard :

Hauteur au garrot : Pour les mâles : 60 cm et plus, pour les femelles : 55 cm et plus.

Couleur : Toutes les couleurs, une seule ou plusieurs couleurs, sont admises, sauf les albinos qui doivent être éliminés.

Yeux : De préférence foncés, mais ils peuvent correspondre à la couleur de la robe. Placés légèrement en oblique, ni proéminents ni trop enfoncés dans les orbites. Expression franche et confiante. Les bords des paupières sont bien adaptés au globe oculaire.
(NB : ce qui veut dire pas d’ectropion par exemple, pas de peau relâchée)

Ligne du dessous et ventre : Elle prolonge la ligne du poitrail et peut être légèrement relevée.

Vus de derrière, les postérieurs sont parfaitement droits, fortement musclés et dotés d’une ossature lourde ; les angulations sont modérées.
(NB : « angulations » = fermeture des angles des os aux articulations des pattes.
Plus le chien est un galopeur et fait pour le sprint, plus les angulations du genoux et donc du jarret sont marquées, comparez avec un lévrier.)

Conclusion :

Un vrai chien de traîneau qu’il serait dommage de dénaturer en ne continuant pas sa sélection d’origine.

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