Des canidés aux chiens domestiques puis aux Chiens familiers

Avant de parcourir différentes hypothèses sur les mécanismes de domestication du Chien (Canis familiaris), intéressons-nous au passage « Canidé sauvage – Chien ».

Sur ce sujet, différentes questions se posent :

  • Quel est, ou quels sont les ancêtres probables du Chien ?
  • De quand date ce passage ?
  • Dans quelles régions du monde ?

Des Mammifères aux Canidés

lycaenopsCynognathus

Lycaenops (300 Ma)
« face de loup » – Reptile

Cynognathus (250 Ma)
« mâchoire de chien » – Reptile

On trouve déjà chez certains reptiles fossiles (appelés reptiles mammaliens) des caractéristiques présentes chez les Mammifères (au niveau de la dentition et de l’ossature). C’est le cas chez le Lycaenops, il y a 300 millions d’années, et chez le Cynognathus, 50 millions d’années plus tard. On reconnaît d’ailleurs dans ces animaux les ancêtres des Mammifères modernes et de leurs premiers représentants, les Megazostrodons.

MegazostrodonCréodonte

Megazostrodon (200 Ma)
1er Mammifère

Créodonte (100-50 Ma)
1er Carnivore

Les premiers mammifères carnassiers, les Créodontes, apparurent il y a 100 millions d’années (i.e. 100 millions d’années après les premiers mammifères).
Ils évoluèrent et, 50 millions d’années avant notre ère, laissèrent la place aux Miacidés, petits carnivores de la taille et de l’apparence d’une belette.

Miacis

Miacis (40 Ma)

Il y a 35 millions d’années, ils colonisèrent l’Amérique du Nord puis l’Eurasie qu’ils gagnèrent par le détroit de Béring.
Pendant 25 millions d’années cette famille de carnivores s’installa dans différentes régions à travers tout le globe ; les Miacidés évoluèrent, s’adaptant aux différents climats et écosystèmes (milieux ouverts – prairies, savanes – ou milieux fermés – forêts – , types de proies…).
Ils devinrent ainsi Cynodictis, puis Hesperocyon et Tomarctus.

CynodictisHesperocyonTomarctus

Cynodictis (35 Ma)

Hesperocyon (35-30 Ma)

Tomarctus (18-10 Ma)

Il y a 10 millions d’années, les individus retournés en Amérique du Nord, au hasard de leurs migrations, s’y fixèrent. Apparût alors le Canis lepophagus, que l’on peut considérer comme l’ancêtre des Canidés modernes. En Amérique du Nord ses descendants seront le Chacal et le Loup américain.
À son tour, il repassa le détroit de Béring : le premier canidé connu en Europe occidentale est le Nyctereutes donnezani, qui vivait il y a 4 millions d’années, et donna le Canis lupus chanco et le Canis lupus pallipes qui est à l’origine des chiens dits primitifs ; chiens dont la domestication n’a jamais réussi et dont les caractéristiques sont restées très proches du stade initial, comme le Dingo australien, apparu il y a 12 à 13.000 ans. En Europe le Canis cipio engendrera le Coyote et le Canis etruscus enfantera du Loup européen.

Nb : Je n’expose ici qu’une des nombreuses hypothèses émises sur l’origine du Loup, donc du Chien.
En effet, une autre hypothèse énonce que Tomarctus serait à l’origine d’une autre branche, celle des Hyénidés (la Hyène), et ce serait Leptocyon qui serait à l’origine des Canidés…

Les Ancêtres du Chien

Buffon, C. Linné et G. Cuvier (XVIIIe – XIXe siècle) optaient pour le Dingo d’Australie et les parias d’Asie et d’Afrique.

 Canis familiaris dingo Chacal dore Canis aureus
Dingo – Canis familiaris dingoChacal doré – Canis aureus

À la même époque que Cuvier, Geoffroy de St Hilaire (1772-1844) pensait quant à lui au Chacal.
Pour Darwin, les chiens proviennent d’au moins une douzaine d’espèces de canidés (dont les Renards et les Lycaons…).

 Renard roux Vulpes vulpes Lycaon pictus
Renard roux – Vulpes vulpesLycaon – Lycaon pictus

Au XXe siècle, K. Lorenz et E. Trumler, entre autres, proposaient une double parenté: le Loup pour les chiens nordiques, et le Chacal pour les autres races.

Les partisans d’un ancêtre unique : le LOUP

D. Morris pense qu’il s’agit du Loup d’Asie pour différentes raisons, comme sa taille, son comportement, son intelligence et son adaptabilité.

M.W. Fox (1978) et E. Zimen en (1981) ont montré de nombreuses similitudes entre certains comportements du loup et du chien, comme la communication.
D’autres ont constaté des points communs dans leur morphologie (crâne, dentition, volume du cerveau…).
En 1995, une équipe américaine menée par R. Coppinger ont effectué des analyses génétiques qui montrent un ADN pratiquement identique chez les loups et les chiens, prouvant que les chiens (entre 400 et 600 races) sont les descendants directs du loup… Même s’il y a probablement eu des croisements avec d’autres canidés sauvages.
Enfin, plusieurs scientifiques, comme C. Vilà et R.K. Wayne (1997-1999), après un travail sur des ADN mitochondriens de différentes espèces de canidés, en sont venus à la même conclusion : le Chien descend bien du Loup.

 Loups Canis lupus Loups Canis lupus 2

Loups – Canis lupus

« Le chien domestique (Canis familiaris) est un parent extrêmement étroit du Loup gris (Canis lupus), dont l’ADN mitochondrien diffère d’au plus 0,2% de celui du Chien. Pour comparaison, le Loup gris diffère de son parent sauvage le plus proche, ie le Coyote (Canis latrans), de l’ordre de 4%. » – R.K. Wayne.

La parenté semble si étroite entre le Chien domestique et le Loup gris que certains scientifiques ont suggéré que le Chien était, en fait, une sous-espèce du Loup gris, et qu’on devrait donc le nommer Canis lupus familiaris.

De quand date ce passage, cette évolution ?

Ces dernières expériences ont aussi permis aux biologistes d’estimer quand a eu lieu la séparation Loup – Chien. Il est ainsi raisonnable de penser que le Chien domestique est apparu il y a environ 15 000 ans.
Cette date est confortée par les trouvailles archéologiques : le plus ancien fragment d’os de chien fut découvert en Allemagne et remonte à environ 14 000 ans. D’autres restes de chien, datant de 12 000 ans, ont été trouvés en Israël sur le site d’Eïn Mallaha. Les restes de chien les plus anciens trouvés en Amérique proviennent de Danger Cave en Utah et remontent à environ 10 000 ans.

Cependant, les premiers chiens devaient être morphologiquement très proches des loups, il est donc possible que des fossiles de Chiens soient classifiés comme fossiles de Loups.
De façon générale, le premier enregistrement archéologique de Chiens est plutôt pauvre, puisque la plupart des emplacements du Paléolithique contiennent très peu de restes de Canidés, et ceux qui sont trouvés tendent à composer seulement de petits fragments d’os qu’il est difficile d’identifier exactement.

 squelette humain canis

Squelette humain
au côté d’un très jeune Canis
– Eïn Mallaha, 12000 av J.C.

Où s’est déroulé ce passage ?

Les fouilles archéologiques ne peuvent pas répondre à cette question. En effet, on a découvert des traces de campements humains, de sépultures humaines avec le reste de dépouilles de chiens et d’autres preuves de l’association Homme – Chien presque partout dans le monde : Allemagne, Angleterre, Danemark, Turquie, Russie, Chine, Australie…

Une possible réponse est apportée grâce, encore une fois, à la génétique et à l’étude de l’ADN mitochondrien de plusieurs espèces de Canidés. En 2002, P. Savolainen et al. localise ce passage en Asie du Sud-Est.

Il est à noter que, dès 1977, Olsen et Olsen avaient déjà émis cette hypothèse en trouvant une preuve morphologique reliant le Chien domestique au Loup d’Asie de l’Est : on retrouve chez ces 2 espèces le même aspect de l’os de la mâchoire (qu’on ne retrouve pas chez les autres Canidés, même pas les autres Loups).

La Domestication

Encore une fois, de nombreuses hypothèses existent autour de ce passage Loup – Chien domestique.
L’une d’entre elles, émise par D. Macdonald, parle d’un rapprochement entre l’Homme et certains loups ayant des caractères néoténiques, c’est-à-dire des loups ayant gardé une morphologie et des comportements infantiles. Ainsi, l’Homme aurait pu s’approcher des loups, sans induire, chez l’un ou chez l’autre, de réactions de peur et d’agression, c’est ce que H. Montagner appelle « comportement de non évitement » ou « état de non peur« .

Il est certain que ces caractères néoténiques (comportements de jeux, morphologie infantile, aboiements…) peuvent favoriser des possibilités de rapprochement. On le constate encore de nos jours, les personnes souhaitant adopter ou acheter un chien sont très fréquemment attirées par des chiots, tandis que les adultes de la même race – mais dont la morphologie est évidement différente – peuvent induire des réactions de peur, ou tout du moins de méfiance. De même, on remarque une attirance plus fréquente pour des races de chiens dont la morphologie évoque la peluche des enfants, comme le Saint-Bernard, plutôt que le profil du loup (M. Chanton, 1998).

Pourquoi se rapprocher de l’homme ?

Ce rapprochement ne fut possible seulement si les 2 espèces pouvaient y trouver des bénéfices. À cette époque, l’Homme était un chasseur et convoitait les mêmes proies que le Loup, une association entre eux auraient permis de chasser de plus grosses proies et plus efficacement. Ainsi, l’Homme pouvait apporter au Loup (devenu Chien) de la nourriture, un abri, en plus de contacts gratifiants, et utiliser les capacités sensorielles du Chien pour le seconder à la chasse et le défendre contre les attaques des bêtes sauvages.
Lorsque de nomade, l’Homme devint sédentaire, il parvint à se construire une habitation et à se constituer des réserves alimentaires. Le Chien devint, en plus d’être chasseur, gardien de ses biens et de ses troupeaux.

Au fil de l’Histoire, le Chien domestique, à rôles utilitaires (voir Les différents rôles attribués aux Chiens dans l’Histoire), va devenir Chien familier, c’est-à-dire accoutumé à la présence permanente de l’Homme, partageant l’usage de plusieurs pièces dans la maison.

 chien collier mesopotamie

Chien portant un collier
Mésopotamie,
2ème millénaire avant J.C.

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